D’inquiétantes silhouettes
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Gwion Gwion rock paintings
Artistes aborigènes inconnus

Richard Hamblaton
Artiste canadien
(1952 - 2017)
« The Shadow Man »
Vers 1980
Série « Image Mass Murder »
New York (Etats-Unis)
D’INQUIETANTES SILHOUETTES
Au nord‑ouest de l’Australie, les Gwion Gwion alignent depuis des millénaires des silhouettes aussi fines qu’un croquis de mode, directement sur les falaises du Kimberley. Découverts par éleveur, ils ont d’abord porté son nom avant que l’on accepte enfin d’utiliser les noms autochtones, histoire de reconnaître que les gens du coin n’avaient pas attendu les colons pour remarquer les peintures.
Sur la roche, ces « danseurs » sont des corps étirés, pigment minéral rouge ou brun, coiffes élaborées, sacs, ceintures, franges : un défilé rituel plutôt qu’une partie de chasse. Beaucoup tiennent boomerangs et lances, leurs gestes et leurs parures racontant des cérémonies, des alliances et des histoires de loi coutumière gravées dans la pierre pour très, très longtemps.
La question de leur âge fait s’écharper les spécialistes, qui se disputent à coups de datations sur pigments, dépôts minéraux et superpositions de styles, mais tout le monde s’accorde pour dire qu’il s’agit d’un art très ancien et très sophistiqué. Anecdote peu glorieuse : pendant des décennies, certains chercheurs européens ont imaginé une « race d’artistes disparus », européens forcément… pour expliquer ces peintures, plutôt que d’admettre que les peuples aborigènes présents avaient, tout simplement, des artistes incroyablement doués.
Richard Hambleton, né à Vancouver en 1952, arrive à New York à la fin des années 1970 avec un goût prononcé pour les coups tordus conceptuels. Il fréquente la même galaxie que Haring et Basquiat, mais préfère le rôle du type un peu inquiétant qui peint la nuit et laisse les autres se battre pour les vernissages.
Avant ses ombres, il signe la série « Image Mass Murder » : de faux lieux de crime, contours de corps tracés au sol, éclaboussés de peinture rouge, installés dans une quinzaine de villes et laissant les habitants persuadés qu’un serial killer rôde.
Avant ses ombres, il signe la série « Image Mass Murder » : de faux lieux de crime, contours de corps tracés au sol, éclaboussés de peinture rouge, installés dans une quinzaine de villes et laissant les habitants persuadés qu’un serial killer rôde. Hambleton pousse le jeu jusqu’à jouer lui‑même le détective privé enquêtant sur ses propres « meurtres », avec appartement couvert de cartes et d’épingles comme dans une série policière, sauf que tout est de la peinture.
Au début des années 1980, il crée son personnage culte : le « Shadowman », silhouettes noires grandeur nature, brossées à grands gestes sur des murs, des parkings, des angles de rue, toujours là où l’on ne s’attend pas à tomber sur une présence humaine. Pas de visage, juste un corps plaqué contre le mur ou en plein mouvement, comme surpris dans un flash nocturne : c’est la paranoïa de New York à l’époque, condensée en tache noire.
Hambleton peint de nuit, parcourt aussi l’Europe en 1984 pour laisser ses ombres dans quelques dizaines de grandes villes, puis photographie ses propres interventions, parfois en remplaçant l’ombre peinte par son propre corps. Ironie totale : après avoir passé des années à remplir les villes de silhouettes inquiétantes, il finit lui‑même presque disparu du radar, rattrapé par la drogue et la misère, avant un retour tardif en grâce juste avant sa mort en 2017.
