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L’Art fait le MurUN MUSÉE HORS LES MURS

Le musée  /  Rome antique

Hermès, Orphée et Eurydice

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Hermès, Orphée et Eurydice

Artiste inconnu

-100 / 0 (Ie s. av. J.-C.)

période romaine républicaine

Bas-relief

Marbre

Hauteur : 121 cm ; Largeur : 98 cm ; Profondeur : 15 cm

Musée du Louvre, Paris (France)

Drasko Boljevic

(Artiste croate)

Février 2024

Higson Ln, Melbourne (Australie)

Il y a plus de deux mille ans, un sculpteur anonyme a figé dans le marbre l'un des plus grands drames de la mythologie grecque. Au centre, Eurydice quitte définitivement le monde des vivants. À gauche, Hermès, dans son rôle de psychopompe – le guide des âmes –, la conduit vers les Enfers. À droite, Orphée tend la main vers elle dans un geste d'une infinie délicatesse. Leurs doigts se frôlent à peine : c'est le dernier contact avant la séparation. Quelques instants plus tard, selon le mythe raconté notamment par Virgile et Ovide, Orphée se retournera malgré l'interdiction d'Hadès… et perdra Eurydice pour toujours. Ce bas-relief romain du Ier siècle av. J.-C., probablement inspiré d'un original grec du Ve siècle av. J.-C., est considéré comme l'une des représentations les plus émouvantes de cette légende. Un détail savoureux, toutefois : les noms gravés au-dessus des personnages (« Zethus », « Antiopa » et « Amphion ») ne correspondent pas à la scène. Ils ont été ajoutés à la Renaissance, preuve qu'avant les corrections en ligne, on pouvait déjà commettre une belle erreur… directement dans le marbre. (Collections du Louvre ; Ovide, Métamorphoses, livre X ; Virgile, Géorgiques, livre IV.)

En février 2024, le Croate Drasko Boljevic a transporté ce moment tragique dans une ruelle de Melbourne, à Higson Lane. Les trois personnages retrouvent leur place, mais abandonnent le blanc du marbre pour des couleurs éclatantes : Hermès en violet, Eurydice en vert et Orphée en rouge. Les fissures du mur prolongent celles du faux bas-relief, comme si le temps avait décidé d'user l'œuvre antique… une seconde fois. Et cette fois, un invité supplémentaire s'est discrètement glissé dans l'histoire : juste à côté, une tête inspirée du David de Michel-Ange observe la scène. Impossible de savoir si le jeune héros florentin assiste en simple spectateur ou s'il monte la garde pour empêcher Orphée de commettre son éternelle erreur. Après tout, David a vaincu Goliath ; convaincre un musicien obstiné de ne pas se retourner devrait être à sa portée… même si, avec Orphée, les miracles semblent toujours arriver une seconde trop tard.