Vénus Callipyge
- Ier siècle av. J.-C.

Vénus Callipyge
Sculpteur inconnu
Années 50 av. J.-C.
Sculpture hellénistique
Marbre
160 cm
Musée archéologique national, Naples (Italie)

D!ve
Artiste irlandais
« Le Réveil / Galatée »
Novembre 2024
Stencil
107 × 250 cm
Reavler Str., Berlin (Allemagne)
LES FESSES ANTIQUES LES PLUS CELEBRES
Le nom annonce la couleur : Callipyge signifie en grec « aux belles fesses ». Selon une légende rapportée par Athénée, deux sœurs siciliennes auraient même organisé un concours pour savoir laquelle possédait le plus beau postérieur. Une histoire suffisamment célèbre pour qu'un temple soit dédié à Aphrodite Callipyge. La statue reprend cette idée avec une élégance toute grecque : Vénus soulève légèrement son drapé, tourne la tête et contemple son propre dos. Le spectateur est aussitôt piégé. Impossible de rester planté devant : il faut tourner autour de la sculpture pour en saisir toute la subtilité. Plus de deux mille ans avant Instagram, les Grecs avaient déjà compris comment attirer un regard.
C'est précisément ce jeu que reprend D:ve, mais en le dynamitant. Son pochoir ne copie pas la Vénus : il la pulvérise. Des éclats noirs et blancs donnent l'impression qu'une vitre s'est brisée ou que la statue vient d'exploser. Pourtant, rien n'est improvisé. L'artiste explique qu'il avait d'abord dessiné la figure de face. En la fragmentant selon un tracé très précis, il fait apparaître en une seule image le visage, le dos et les courbes de la Vénus. Les morceaux semblent désordonnés, mais chacun est à sa place. Plus on regarde, plus l'image se recompose.
Cette fragmentation est aussi un hommage à Piero Cannata, personnage aussi fascinant qu'inquiétant. En 1991, sans travail et en grande détresse psychologique, il attaque le David de Michel-Ange à coups de marteau, brisant plusieurs orteils de la statue. Interné, puis engagé quelques années plus tard comme guide de musée, il continue pourtant ses actes de vandalisme : une fresque de la Renaissance lacérée au couteau, un « X » noir sur une plaque commémorative... Interrogé sur ses gestes, il répond simplement : « Une force en moi me poussait à le faire. »
D:ve ne cherche pas à excuser Cannata. Il pose une question bien plus dérangeante : que reste-t-il d'une œuvre après une fracture ? Pour certains, seulement des dégâts. Pour lui, les éclats peuvent aussi produire une nouvelle lecture. Là où le marteau détruit, le pochoir reconstruit. La blessure devient composition. Le vandalisme, lui, reste du vandalisme ; mais l'art peut parfois récupérer les débris pour fabriquer une image encore plus riche que l’originale.
En regardant Le Réveil / Galatée, on croit voir une statue cassée. En réalité, on découvre une œuvre qui demande exactement l'inverse d'un regard pressé : prendre le temps de rassembler les morceaux.