Charlemagne ordonnant la construction d'une église
– Comme un vitrail –
- 1225


Vitrail de Charlemagne
« Charlemagne ordonnant la construction d'une église »
Artiste inconnu
1225
Verre coloré (oxydes métalliques), baguettes de plomb, armature de fer
80 cm de diamètre
Cathédrale de Chartres (France)

Monkey Bird Crew
Duo français
« Le château sur la Falaise »
Août 2018
Waterford (Irlande)
Charlemagne, c’est le roi guerrier recyclé en champion officiel des chantiers d’églises : empereur des Francs couronné en 800, mais surtout, dans l’imaginaire du Moyen Âge, le mec dont chaque décision semble finir en nef, clocher ou abbaye de plus. Dans les images et les textes postérieurs, il devient l’allié rêvé des religieux, le souverain modèle qui met son pouvoir au service de la construction de lieux de culte, parfait pour orner les murs et rappeler aux puissants que la pierre sacrée prime sur la gloire personnelle.
Dans le vitrail de Chartres, vers 1225, on le voit donner l’ordre de bâtir une église : lui sur son cheval, les clercs en face, et au milieu une petite architecture déjà dessinée, comme un croquis de chantier coincé dans un médaillon. Toute la scène tient dans un cercle de verre qui ressemble à un plan de ville miniature, avec les plombs qui tracent des sortes de colonnettes et de cadres, comme si l’œuvre elle‑même imitait une construction en pierre. Le message est clair : une parole impériale, et hop, un édifice sort du sol.
Saut dans le temps : Monkey Bird Crew arrive, deux artistes français qui préfèrent les façades aux parchemins, mais qui gardent un faible évident pour les architectures compliquées. Leur fresque « The Castle on the Cliff », à Waterford, déploie un grand personnage entouré d’un château perché, de structures techniques et de lignes qui donnent l’impression de voir à la fois la façade, la coupe et le plan d’un bâtiment imaginaire. Le mur de la maison devient carrément la falaise sur laquelle ce château vient se poser, comme si la ville actuelle se découvrait une forteresse cachée.
Et surtout, leur peinture a tout de la verrière pirate : contours noirs bien marqués, grandes zones claires, composition très frontale, impression de cases qui s’enchaînent. On n’a pas du verre mais on retrouve la même logique que dans un vitrail : un cadre, une figure centrale, un bâtiment mis en scène, et une histoire qui se lit en un coup d’œil. Au lieu de laisser passer la lumière, le mur renvoie la lumière, mais l’effet reste proche : la façade devient une sorte de vitrail géant sans plomb, bricolé pour la rue, où l’on continue de parler de ce qui nous obsède depuis le Moyen Âge — ce que l’on construit, ce qui tient, et ce qui menace de se casser la figure.