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L’Art fait le MurUN MUSÉE HORS LES MURS

Le musée  /  Art roman

Bible du Panthéon

  • 1100

« Bible du Panthéon »

scènes de la Genèse

Artiste inconnu

V. 1100-1120

Enluminure sur parchemin

45.4 x 28.5 cm

Librairie du Vatican

Bisch

(Thomas Rebischung)

Artiste français

Décembre 2016

Le M.U.R., Strasbourg (France)

Dans l’atelier roman, l’enlumineur de la Bible du Panthéon travaille déjà comme un story‑boarder perfectionniste : tout est rangé en cases, en registres, en frises, au millimètre près, pour que la Genèse se lise comme un long strip théologique hyper cadré. Huit siècles plus tard, Bisch débarque sur son mur strasbourgeois avec la même maniaquerie graphique : un seul bandeau, mais bourré de personnages serrés comme dans un train de banlieue aux heures de pointe, chaque figure calée au cordeau dans la frise.

Chez les deux, encore, le point commun, c’est le contour : pas de modelé mielleux, pas de volumes pompidoliens, juste des lignes qui cernent tout, façon « si tu dépasses, tu es excommunié » pour l’enlumineur, et « si tu dépasses, tu recouvres la pub d’en dessous » pour Bisch. L’un fait claquer ses silhouettes colorées sur fond bleu ou or, l’autre taille ses personnages au couteau en blanc sur noir, mais techniquement, c’est la même obsession : le trait qui découpe, simplifie, et fait passer le message plus vite qu’un sermon.

Autre point : la composition‑plancher de vaches, ultra frontale. Dans la Bible du Panthéon, les protagonistes sont alignés comme pour une photo de classe de monastère : personne ne bouge, tout le monde regarde le spectateur, et tu comprends la morale rien qu’à la géométrie. Bisch reprend exactement ce dispositif de frise frontale, compacte, mais l’applique aux expulsés, aux anonymes, et glisse son texte en bas : même mécanique, sauf qu’au lieu de « chute de l’homme », on voit l’injustice, punchline gravée dans le mur.

Enfin, la sur‑structuration. L’enlumineur contrôle tout par des cadres, des arcatures, des registres, comme si le chaos cosmique devait impérativement tenir dans une grille bien propre ; Bisch, lui, enferme la scène dans un long rectangle noir où rien ne dépasse, histoire de canaliser le chaos social dans un dispositif graphique blindé. Techniquement, ce sont des control freaks : deux artistes qui font tenir l’apocalypse – biblique ou administrative – dans un rectangle parfaitement composé, et avouons‑le, il y a là un humour involontairement délicieux.