Anastasis : la résurrection et Fikos
- 1310/21


« Anastasis » ou « Résurrection »
Appelée aussi « Descente aux Enfers »
Peintre inconnu (éventuellement, associé à l'atelier impérial de Constantinople)
1310-1321
Art byzantin tardif
Fresque
Église St-Sauveur, Istanbul (Turquie)

Fikos
Artiste grec
« La mort de Castor »
2012
Peinture acrylique
7.2 x 3 m
Athènes (Grèce)
Imaginez un instant : si un moine byzantin du XIVe siècle débarquait aujourd’hui à Athènes, il serait sans doute médusé devant la fresque de Fikos... avant de trouver, stupéfait, un hommage à sa propre tradition sur les murs de la ville ! Car Fikos manie l’acrylique comme un clonage contemporain de l’art byzantin, version spray et pascaline. Exit la chaux et les soubresauts artisanaux, place à la souplesse du pinceau plat, aux contours nets et aux gris modulés à l’infini.
Commençons par la technique : la fresque byzantine classique, telle l’“Anastasis” de l’église Saint-Sauveur-in-Chora , repose sur une préparation méticuleuse de l’enduit, des pigments naturels et des gestes précis hérités de générations de maîtres anonymes. Le motif vient ensuite s’inscrire en larges aplats colorés, les personnages stylisés, presque aériens, insérés dans un ballet sacré où chaque main tendue raconte un mystère. Or, chez Fikos, on croirait voir la même géométrie dramatique : silhouettes effilées, poses chorégraphiées, halos déclinés façon cercles parfaits et drapés anguleux… mais tout cela palpite sur du béton urbain, à l’acrylique, à la vitesse du XXIe siècle.
L’influence ? Frappante ! Fikos reprend la frontalité, la structuration scénique et l’intensité narrative des fresques byzantines, mais il les transpose avec humour et jubilation en pleine ville. Il fait danser anges et divinités comme on pose une icône XXL à la vue de tous, brouillant les frontières entre sacré et profane, entre lointains saints et héros bien vivants du quartier. Ses compositions murales, où l’on retrouve un rythme ondulant proche du staccato byzantin, semblent destiner chaque passant à un pèlerinage inattendu… ou à une pause selfie très inspirée.
Bref, Fikos chorégraphie un art qui réinvente la tradition byzantine, la transporte de l’abside au trottoir, et rappelle que la vraie résurrection des images, c’est quand elles redonnent vie, humour et spiritualité aux murs les plus ordinaires. Vous avez dit spiritualité ? Heu, oui, mais là pour le coup, ce n’est plus la même religion !