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L’Art fait le MurUN MUSÉE HORS LES MURS

Le musée  /  Byzance

Les Vierges de Mr Klevra

La Vierge et l’Enfant (dite Vierge géorgienne)

Peintre anonyme

1500 / 1550

Tempera sur fond d'or sur bois (Tilleul)

Russie Ecole de Novgorod

1,09 x 0,83 m

Louvre, Paris (France)

Mr Klevra

Artiste italien

2012

Rome (Italie)

Le peintre de La Vierge et l’Enfant est resté anonyme, ce qui à l’époque n’avait rien d’un drame existentiel. Dans la Russie du XVIe siècle, surtout dans l’école de Novgorod, le peintre d’icônes bosse pour le sacré, pas pour signer des autographes. Son terrain de jeu : des visages étirés, des regards qui percent le crâne et des couleurs capables de survivre cinq siècles sans broncher. Novgorod, alors grand centre artistique russe, développe un style plus nerveux et expressif que celui hérité de Byzance. Ici, la spiritualité n’est pas molle : elle vous attrape par les yeux.

Dans cette Vierge géorgienne, Marie penche la tête vers l’Enfant avec une douceur étrange, presque inquiète. Le Christ, lui, ressemble moins à un nourrisson qu’à un petit vieux réincarné. C’est volontaire : dans l’iconographie orthodoxe, Jésus naît déjà chargé de destin. Le fond doré n’est pas là pour faire riche ; il symbolise le monde divin, hors du temps. Même les disproportions racontent quelque chose : les grandes mains de Marie montrent qu’elle protège et présente son fils au monde. Rien n’est décoratif, tout est codé.

L’œuvre est peinte à la tempera sur bois, avec des pigments mélangés à de l’œuf. Oui, une partie du génie médiéval repose littéralement sur des jaunes d’œufs battus avec application. Et malgré ça, l’icône a traversé les siècles, les guerres et les déplacements jusqu’au Louvre. Beaucoup d’icônes russes ont survécu parce qu’on les considérait comme des objets protecteurs avant d’être des œuvres d’art. Certaines étaient transportées comme des talismans pendant les conflits. Pas exactement le traitement réservé à un tableau Ikea.

Puis débarque Mr Klevra, artiste italien nourri au graffiti et aux images byzantines. En 2012, à Rome, il balance sur un mur d’immenses figures inspirées des icônes médiévales : mêmes visages allongés, mêmes halos, mêmes regards graves… sauf qu’ici les saints portent des écouteurs et semblent avoir quitté une chapelle pour traverser une friche urbaine. Klevra ne parodie pas les images anciennes, il les recycle avec un respect très malin. Il garde leur puissance visuelle mais les replante dans la rue, là où passent les gens, les scooters, la pluie et les tags.

Mr Klevra

Artiste italien

2021

Via Aldo Manuzio, Testaccio, Rome (Italie)

Alexandre Tsypkov

Artiste russe

Basé à Moscou, Alexandre Tsypkov, en tant que peintre d'icônes traditionnel emmène son art dans la rue et aime créer sur les murs qu'utilisent les graffeurs. Il pousse ses talents de peintre d'icônes au-delà de ses limites habituelles et dessine des visages gigantesques de saints ou de Jésus lui-même.