La Madone de Crevole et Basik
- 1255

Duccio di Buonisegna
Peintre italien
(1255-1318)
Madone de Crevole
v. 1284\u2028Tempera sur bois
89 × 60 cm
Museo dell'Opera metropolitana del Duomo, Sienne (italie)

Basik
(Lucio Bolognesi)
Artiste italien
« Omnis »
2014
Gdynia (Pologne)
Attention, chef-d’œuvre en vue ! Nous sommes en 1284 et Duccio di Buoninsegna, le génie (un brin rebelle) de Sienne, sort ses pinceaux pour réaliser la Madone de Crevole : une icône haut de 89 cm sur 60, tempérée – et dorée ! – sur bois, qui trône aujourd’hui au musée du Duomo de Sienne.
Côté look, c’est du chic : Marie, élancée et mélancolique, laisse tomber un regard XXL tout droit sur le public, tandis que Jésus, bébé star, allonge sa petite main, comme pour attraper le voile de maman ou balancer une caresse filiale – ou peut-être réclamer le goûter, mystère ! Deux anges perchés dans les nuages complètent ce casting haut en couleur dorée, façon projecteurs célestes.
Mais attention, derrière ces airs solennels couve une vraie révolution : Duccio glisse dans son tableau une dose d’humanité inédite, avec des gestes tendres et des regards complices ; fini la sainteté figée ! Le chromatisme subtil fait briller la peau de Marie comme une perle, son manteau filé d’or trace des arabesques élégantes et les anges font les groupies, admirant leur star du jour.
Du côté des critiques, personne n’est resté insensible devant cette Madone qui mêle tradition byzantine et émotion à fleur de bois. La peinture marque une étape cruciale : l’art prend vie, les visages prennent des airs de cinéma et les spécialistes applaudissent la beauté nacrée, la tendresse et l’élégance, autant d’éléments qui emporteront Duccio vers le panthéon des grands maîtres .
Mais qu’est-ce que l’oeuvre de Basik vient faire ici. L’hommage à di Buoninsegna est discret mais regardons la robe et son motifN’est-ce pas ? Quant à la gestuelle elle est toute simple : c’est un vol de pouce !
Heu… le vol de pouce c’est tour de magie avec les enfants, où l’on fait semblant d’arracher le pouce d’une main (ou d’un enfant) et de le tenir entre ses doigts, avant de le « rendre ». On peut le faire avec le nez mais là c’est plus compliqué vu que Basik a supprimé la tête de Marie. Au-dessus figure le mot latin “omissis”, faisant référence à la fois au geste et à son sens d’omission ou de dissimulation. »