Banquet de Nebamon
- V.-1350


« Banquet de Nebamon »
Artiste inconnu
V. - 1350
Fresque
Scène tirée de la chapelle funéraire de Nebamoun, à Thèbes (Louxor)
British Museum, Londres (Royaume-Uni)

Boljevic Drasko
Artiste croate vivant en Australie
19 mai 2024
Melbourne (Australie)
Vers 1350 avant notre ère, Nebamon fait peindre sur les murs de sa tombe un banquet destiné à lui assurer confort et prospérité dans l'au-delà. Trois mille trois cents ans plus tard, la réception est toujours en cours. Peu d'organisateurs peuvent en dire autant. Cette fresque est l'une des œuvres les plus célèbres de l'Égypte antique. On y voit des invités élégamment vêtus, des servantes chargées du service et des musiciennes participant à la fête. Les détails abondent : bijoux, fleurs, tissus de lin, perruques sophistiquées et cônes parfumés placés sur la tête des convives. Tout concourt à afficher le raffinement et le statut social de l'entourage de Nebamon.
L'œuvre appartient à l'art du Nouvel Empire, souvent considéré comme l'âge d'or de la civilisation égyptienne. Les figures respectent les conventions traditionnelles : tête de profil, œil de face, corps présenté sous plusieurs angles à la fois. L'objectif n'est pas de représenter le monde tel qu'il apparaît, mais tel qu'il doit être compris. Une logique qui a traversé les siècles avec une remarquable obstination. L'histoire moderne de la fresque mérite presque autant d'attention que la scène elle-même. Au début du XIXᵉ siècle, les peintures sont retirées de la tombe et rejoignent les collections du British Museum. Elles deviennent rapidement célèbres. Ironie de l'affaire : pendant longtemps, on savait parfaitement où admirer le banquet, mais plus vraiment où se trouvait la tombe de son propriétaire.
En 2024, Boljevic Drasko invite quelques-uns de ces convives à quitter temporairement les rives du Nil pour les rues de Melbourne. Son intervention reprend un fragment du banquet en conservant les couleurs, les silhouettes et les codes visuels de l'œuvre antique. Présentée comme un morceau de fresque arraché au temps, l'image crée un curieux télescopage. D'un côté, une peinture conçue pour accompagner un défunt dans l'éternité ; de l'autre, une œuvre de rue soumise aux aléas de l'espace urbain. Drasko ne transforme pas la scène : il la déplace. Et ce simple déplacement suffit à rappeler qu'une image vieille de plus de trois millénaires peut encore surgir au détour d'une rue et retenir le regard.