Les pleureuses
– Quand l’Égypte pleure sur ses murs –
- -1391/- 1397


« Les pleureuses »
V. - 1391/1337
Fresque
Tombe du général Horemheb Saqqara (Egypte)

Alaa Awad Artiste égyptien
« Les pleureuses »
2012
Le Caire (Egypte)
Dans l’Égypte antique, les fresques de pleureuses sont la quintessence du grand spectacle funéraire — un véritable théâtre de l’émotion où chaque lamentation semble réglée au millimètre, histoire de ne pas rater la sortie vers l’au-delà. Les artistes rivalisent de talent pour figurer des femmes aux bras levés, ou se tenant la tête comme des désespérées.
Mais attention, ici la souffrance n’est pas juste personnelle : elle doit s’entendre jusque dans l’au-delà, histoire que les dieux (et surtout Osiris) sachent combien l’Égypte savait pleurer en majesté. On chante, on déclame, on crie – parfois la bouche grande ouverte, parfois fermée, sans doute pour varier les effets tout en respectant les codes imposés par des générations de pleureuses professionnelles et amateurs du chagrin mis en scène. Finalement, ces fresques nous rappellent que, pour entrer dans l’éternité, il faut avant tout offrir le spectacle d’une tristesse survolté. Dans l’Égypte antique, les fresques de pleureuses sont le record absolu du pathos public : impossible d’enterrer dignement un pharaon sans une équipe de spécialistes prêtes à crier leur malheur devant toute la nécropole.
Même si ça peut faire parfois un peu forcé.
Cde qui n’est pas forcé c’est le peuple égyptien pleurant les martyrs de la révolution avortée de 2011 en Egypte comme a voulu le montrer un artiste de rue et activiste égyptien.
Les bras levés au ciel, le chant qui se poursuit, sont les témoins silencieux d’un désir de liberté qui ne sera pas et qui se meurt.