La bataille de Qadesh
– Pharaon (re)fait son show de l’autre côté de l’Atlantique –
- - 1274


« La bataille de Qadesh »
Artiste(s) inconnu(s)
V. 1274 av. J.-C.
Bas-relief sculpté et peint
Temple funéraire du Ramesseum, Luxor (Egypte)


Alaa Awad Artiste égyptien
26 juin 2014
North Adams
(Etats-Unis)
« Qadesh Remix : du granit des pharaons au bitume de la street »
Il était une fois un mur du temple de Louxor qui tremblait sous les sabots des chevaux de Ramsès II. À la surface gravée du bas-relief, le pharaon — mastodonte au menton carré — surgit tel un super-héros sur son char, décochant une volée de flèches dans le désordre d’une armée hittite en débandade. Tout autour : soldats, archers courbés, prisonniers à la chaîne, chevaux casqués et Rê, qui bénit l’action du roi. Ici, chaque détail compte : le char léger qui fend l’espace comme une Formule 1 du Nil, la profusion de bras et de jambes alignés de profil, les profils égyptiens élégamment sculptés ; et dans l’angle, la déesse-vautour Nekhbet plane sur Ramsès — rassurant rappel qu’aucun pharaon n’affronte la tempête sans backup divin.
Ce spectacle, c’est le blockbuster de -1274 : la bataille de Qadesh, qui oppose Ramsès à Mouwattali II et grave pour l’éternité la légende du pharaon seul contre mille. D’accord, l’histoire réelle fut un peu moins glorieuse (match nul diplomatique selon les Hittites…), mais sur la pierre, pas question de nuancer : Ramsès charge, les coalisés fuient, l’Égypte sort grandie. Cette fresque codée célèbre le génie tactique, la force brute, l’inspiration divine, et aligne hommes, chars et héros dans une composition d’une efficacité idéale — déjà digne des récits graphiques modernes.
Millénaire suivant, scénario twisté : Alaa Awad débarque à North Adams, Massachusetts, et réinvente le mythe sous bombes de couleurs et silhouettes élastiques. Son mur explose de chevaux bondissants, de guerriers hyperactifs et de voitures de guerre sur fond bleu électrique. Awad fusionne codes antiques et élan contemporain en un immense clin d’œil : les postures hiératiques se transforment en chorégraphies urbaines, les profils deviennent autant de messages sur la résistance, la solidarité et l’identité.
Dans cette fresque néo-pharaonique, les chars sont toujours là, mitraillant l’espace — non plus pour la gloire d’un roi, mais pour rejouer la lutte, le mouvement et la mémoire collective. Les couleurs actualisent le récit : rouges, jaunes, bleus saturés remplacent l’or patiné du bas-relief, faisant vibrer les silhouettes comme au temps où Ramsès s’élançait pour impressionner à la fois les dieux et Instagram. Awad garde l’ancien rythme narratif : chaque figure, chaque mouvement, chaque animal, prolonge la tradition, mais affirme aussi une voix nouvelle, ancrée dans le moment présent, attentive aux enjeux contemporains — comme le rôle de l’héroïsme collectif ou la défense des valeurs civiques.
Le passé et la rue s’embrassent : la légende de Qadesh ressurgit, du calcaire brûlé du Nil à l’asphalte anglais d’Amérique, emportant au passage quiconque accepte de voir l’histoire comme un art vivant — hardi, drôle, fédérateur et toujours, toujours mural.