Abou Simbel fait les gros yeux
– Abou Simbel fait les gros yeux –
- -1260



d’Abou Simbel
Grand temple
Artiste inconnu
V. - 1260
Façade monumentale sculptée dans la roche en grès
Vallée du Nil (Egypte)


QWert
Artiste hongrois
« ThE door is oPEn, pLease enteR my universe »
15 Août 2021
Collage
Lisbonne (Portugal)
Abou Simbel : Casting Colossal et Exode de Grès
Face au désert, le Grand Temple d’Abou Simbel affiche fièrement son casting de pierre : quatre Ramsès II monumentaux, assis avec l’assurance tranquille de ceux qui savent qu’ils sont là pour l’éternité. Hauts de vingt à vingt-deux mètres, ils arborent leur uniforme royal : pagne impeccable, coiffe némès finement rayée, double couronne bien en place, cobra prêt à défendre, et barbe postiche taillée à la perfection. À leurs côtés, plus modestes en taille mais pas en importance, se tiennent Néfertari, l’épouse adorée, la mère du roi, et une poignée de princes et princesses. Tous figés dans la pierre, comme figés dans la mémoire. Juste au-dessus de l’entrée, dans sa niche, Rê-Horakhty observe. Dieu solaire au regard immobile, il semble garder non seulement le temple, mais aussi le temps lui-même. Ainsi se dresse la façade : un mélange de puissance, de famille et de divin, gravé pour défier les siècles.
Mais voilà qu’un street artist nous fait les gros yeux tout en virant les quatre Ramsès pour les remplacer par ses personnages emblématiques au regard globuleux. Décidément, on n’a plus de respect pour nos ancêtres d’ancêtres.
Et pourtant, même ces idoles de grès, on leur a fait vivre des aventures dignes d’un film de super-héros ! En 1964, les ingénieurs, archéologues et déménageurs du dimanche – aidés par le soutien de plus de 50 pays et pilotés par l’UNESCO – se sont lancés dans un chantier pharaonique : découper le temple en plus de 1000 blocs de 20 à 30 tonnes chacun, comme un immense puzzle, pour le remonter 65 mètres plus haut et 200 mètres plus loin, hors d’atteinte du lac Nasser, ce géant d’eau né du barrage d’Assouan. Résultat : non seulement Ramsès II a survécu à la montée des eaux comme Moïse, mais il continue aujourd’hui, avec toute sa tribu de pierre, à dominer le désert sous le même soleil. Ne manque plus qu’un grapheur inspiré pour lui coller des lunettes de soleil XXL : histoire de rappeler que la sculpture aussi peut changer de cadre, mais jamais d’attitude !