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L’Art fait le MurUN MUSÉE HORS LES MURS

Le musée  /  Préhistoire

De l’arc du chasseur à la matraque

  • - 6000

Scène de chasse de cerfs

Artiste inconnu

Environ - 6000

(Épipaléolithique/Néolithique ancien)

Peinture murale sur paroi calcaire

Pigments naturels, application par pinceau, tampon ou doigt

Cueva de los Caballos

Reproduction du Musée de la Valltorta, Tírig, (Espagne)

Eugène Barricade

Artiste français

« Homo Matracus »

Pochoir

2023

Lieu inconnu

Une scène de chasse … à l’homme

Très contemporaine… et primitive. Et si ce n’est toujours pas clair, voici le commentaire de l’auteur :

« Scènes de vie quotidienne

début du 21ème siècle,

Âge du Pavé de rue Taillé, Paléopolithique, Europe de l’Ouest »

Encore une info : 49.3 n’est pas une date !

DE L’ARC DU CHASSEUR A LA MATRAQUE… ET PRESQUE 7000 ANS

Dans le décor minéral du Barranc de la Valltorta, les humains d’il y a 7000 ans se sont prêtés à un exercice artistique aussi vital que stylé : peindre leur tout premier manuel de chasse sur la roche. La fameuse scène de la Cueva de los Caballos, classée patrimoine mondial par l’UNESCO, déploie en rouge ocre plusieurs archers très affairés, entourant un petit groupe de cervidés : le ballet est lancé, flèches en main, muscles tendus, tous dans la ronde de l’action. Ici, le mouvement prime. Les chasseurs courent, les cerfs bondissent ou s’effondrent, parfois victimes d’un tir bien placé. Les figures, assemblées avec des traits simples mais expressifs, démontrent que la symétrie parfaite n’est pas une obsession chez l’homo sapiens du Barranc, mais l’équilibre visuel, si. On ne trouve ni ombre ni volume : juste des lignes et des formes bidimensionnelles, pour une efficacité narrative maximum.

Voici la vie quotidienne revisitée par Eugène, artiste français, version “pavé taillé”. Sur un pochoir appliqué sur pierre, la traque change de cible : c’est désormais l’humain qui est le gibier. Plusieurs personnages filiformes, armés de bâtons et de sacs (étranges trophées modernes), encerclent un homme à terre, tandis que d’autres silhouettes promènent leur tranquillité comme si le danger ne les concernait pas. L’auteur, joueur, propose ce commentaire (véridique) : « Scènes de vie quotidienne, début du 21ème siècle, Âge du Pavé de rue Taillé, Paléopolitique, Europe de l’Ouest. » Précision scientifique : “49.3 n’est pas une date”. L’ironie, ici, sert à questionner notre propre organisation sociale, avec une écriture visuelle volontairement primitive : la tribu s’est civilisée mais n’a certainement pas perdu son goût du conflit. Étrangement, dans ce paléolit(hic) contemporain, les coups pleuvent aussi vite que les idées de rituel, et chaque geste figé semble raconter la même histoire ancienne du chasseur et du chassé… mais avec une savoureuse ambiguïté sur qui tient le bâton.

Exit-Enter

- Chasser le cerf ou le matou -

Artiste italien

2019

El Cabanyal, Valence (Espagne)

Scène de chasse de cerfs

V. - 6000

Les personnages des grottes préhistoriques et les petits bonshommes facétieux d’Exit-Enter ont plus en commun qu’il n’y paraît : ils veulent tous laisser une trace….

Les figures humaines de la célèbre scène de chasse de la Cueva de los Caballos présentent des formes épurées, schématiques, aux membres étirés façon spaghetti paléolithique, armés d’arcs et poursuivant quelques cervidés pas assez rapides pour éviter d’entrer dans la légende. Les personnages sont anonymes, et leur représentation, tout comme celle des animaux, comporte un potentiel symbolique et rituel : ils ne cherchent pas la ressemblance mais le geste, l’action collective, la magie de la chasse. En résumé : l’homme des cavernes savait déjà que l’important, c’est la posture.

Exit-Enter, lui, affiche ses minuscules silhouettes depuis les années 2010 sur les murs d’Italie, d’Espagne et d’ailleurs. Ces petits personnages filiformes, dotés d’un cœur rouge (presque une signature, à force), courent, sautent, tombent amoureux ou affrontent des monstres bien moins effrayants que les bêtes préhistoriques, mais tout aussi existentiels. La démarche de l'artiste : raconter la fragilité, l’amour, la liberté, avec trois bouts de traits et beaucoup de poésie — sans jamais oublier un clin d’œil à la mélancolie urbaine.

Exit-Enter revendique une spontanéité quasi instinctive : son trait est direct, sans esquisse, l’action prime sur la préparation… ! Sa pratique se nourrit des codes du graffiti, de la poésie visuelle, du surréalisme quotidien. Il joue avec le va-et-vient du monde moderne : sortir de l’anonymat, entrer dans l’histoire — ne serait-ce que le temps d’un sourire volé sur un mur qui en a vu d’autres.