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L’Art fait le MurUN MUSÉE HORS LES MURS

Le musée  /  Préhistoire

Les glyphes de Gavrinis et Aqualoopa

  • - 6000

Glyphes du Cairn de Gavrinis

Artistes inconnus

4250 et 4 000 ans avant J.-C.

Granite gravé

Larmor-Baden, Golfe du Morbihan (France)

ENTRONS DANS L’UNIVERS MYSTERIEUX DES GLYPHES

Le cairn de Gavrinis est un tumulus de plus de 50 mètres de diamètre qui recouvre un dolmen à couloir d’environ 14 mètres, débouchant sur une chambre funéraire presque carrée, probablement réservée à des personnages de haut rang accompagnés d’objets de prestige. Vingt-trois des vingt-neuf grandes dalles internes sont couvertes de motifs gravés : haches polies aux lames évasées, arcs, chevrons, zigzags, spirales, formes bouclier et figures serpentines, composés en panneaux qui se répondent d’une pierre à l’autre comme une bande dessinée sans texte.

Ces glyphes n’ont rien de décoratif au hasard : certains chercheurs y voient une sorte de langage symbolique commun à l’Europe néolithique, lié aux cycles cosmiques, à l’eau ou au passage entre monde des vivants et des morts, la progression dans le couloir jouant presque le rôle de rituel scénographié. Bref, on sait pas vraiment L’orientation vers le golfe et l’Atlantique, l’usage d’un monolithe de quartz très lumineux (la fameuse « pierre lunaire ») et les effets de lumière saisonniers suggèrent que l’on venait ici moins « enterrer » que dialoguer avec les astres et les ancêtres.

Plusieurs blocs gravés ont été récupérés d’édifices encore plus anciens, leurs décors originels étant parfois cachés contre le remblai, comme si les bâtisseurs recyclaient déjà du « patrimoine » pour se donner une généalogie prestigieuse. Autrement dit, les premiers faiseurs de monuments jouaient déjà avec la mémoire et la récupération d’images, bien avant que les musées ne s’en mêlent.

Aqualoopa

(Igor Chołda)

Artiste polonais

Juillet 2012

Rondzie Sedlaczka, Varsovie

(Pologne)

Quelques centaines de kilomètres et surtout quelques millénaires plus loin, Aqualoopa – alias Igor Chołda, artiste polonais actif à Varsovie – intervient en juillet 2012 dans le cadre du festival Street Art Doping pour réaliser un mural au rond-point Sedlaczka. Formé au graphisme et au design, il développe un vocabulaire de signes stylisés, entre lettres abstraites, visages réduits à des yeux-bouche, et motifs quasi calligraphiques qui se répètent et se modulent comme un alphabet sans dictionnaire.

Son œuvre déroule une frise de symboles noirs et rouges sur fond clair, épousant la courbe du site et jouant avec la grille des barreaux métalliques : la barrière devient support, rythme et césure dans la « phrase » visuelle. Le résultat est à la fois très lisible dans l’espace urbain – une grande coulée de signes qui traverse le paysage – et volontairement illisible au niveau du sens précis, laissant au passant le soin d’inventer sa propre traduction.