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L’Art fait le MurUN MUSÉE HORS LES MURS

Le musée  /  Rome antique

Canthare janiforme

- Tant va la cruche à l’eau ou au vin… -

  • IVe siècle av. j.-c.

Canthare janiforme

Céramiste inconnu

Groupe de Chiusi

IVe siècle av. J.-C.

Hauteur : 18 cm

Musée du Louvre, Paris (France)

Basik

Artiste italien

« 46 - 3 »

12 juillet 2021

Pioppe di Salvaro (Italie)

On commence par un objet qui a survécu à plus de deux millénaires sans demander l’avis de personne. Le canthare étrusque conservé au musée du Louvre est un vase à boire daté du VIᵉ siècle av. J.-C., attribué à un artiste inconnu — ce qui, dans l’Antiquité, est la règle plutôt que l’exception. Réalisé en bucchero, une céramique noire typiquement étrusque obtenue par cuisson en atmosphère réductrice, il se distingue par sa forme élégante, son anse haute et surtout par la tête féminine sculptée qui orne le récipient. Ce visage n’est pas décoratif par hasard : chez les Étrusques, le banquet est un acte social, politique et religieux. Boire, c’est appartenir au groupe, affirmer son statut et dialoguer avec les dieux. Le vase devient donc un intermédiaire entre le monde des vivants et celui de l’au-delà.

La tête féminine renvoie probablement à une divinité, une prêtresse ou une figure idéalisée. Elle rappelle aussi la place relativement singulière des femmes dans la société étrusque, bien plus visibles et actives que chez leurs voisins grecs ou romains. Ce canthare n’est pas un objet utilitaire banal : c’est un objet de rituel et de représentation, pensé pour être vu autant que pour être utilisé. Les auteurs grecs, choqués par les mœurs étrusques, les accusaient d’immoralité… simplement parce que les femmes participaient aux banquets. Comme quoi, un vase peut déjà déclencher un scandale culturel.

On saute maintenant quelques siècles — disons vingt-cinq — pour atterrir face à une œuvre de Basik, artiste français de street art né en 1981. Son œuvre reprend frontalement la forme du canthare antique, mais la transpose dans un univers contemporain saturé d’objets, de plastique et de références à la culture urbaine pour en faire une nature morte. Le visage central est toujours là, mais il est traité de manière plus brute, presque maladroite volontairement, comme si l’héritage classique passait par une machine mal réglée. Basik appartient à une génération qui ne sacralise pas l’histoire de l’art : il la réutilise, la déplace, parfois la malmène. Le canthare devient ici un symbole vidé de sa fonction rituelle, transformé en image, encadré, exposé comme un trophée ou un vestige recyclé. Les objets modernes qui l’entourent créent un contraste net avec la solennité antique : le banquet n’est plus collectif ni sacré, il est devenu accumulation, consommation, bruit visuel.