Gorgoneion : Méduse, mode d’emploi
– Méduse, mode d’emploi (avec cheval intégré) –
- - 575 / - 550

Gorgone ailée tenant Pégase dans sa main droite
« Gorgoneion »
Artiste inconnu
V. 575-550 av. J.-C
Plaque en terre cuite
Hauteur : 56 cm
Style archaïque
Musée régional de Syracuse, Sicile (Italie)

Carlos Atoche
Artiste Argentin
« Medusa Etrusca »
2017
Gibellina, Sicile (Italie)
Pégase en licorne ?
Je rêve !
On ne connaît pas le nom de l’artiste qui a sculpté la Gorgone ailée aujourd’hui conservée au musée archéologique Paolo Orsi de Syracuse, mais on sait qu’il appartient à cet atelier grec de Sicile qui, au VIIᵉ‑VIᵉ siècle av. J.‑C., expérimente à toute vitesse les codes de l’archaïsme. Son métier consiste alors à rendre la terre cuite aussi éloquente qu’un récit mythologique : reliefs frontaux, silhouettes simplifiées, mais visages traités comme des pancartes sacrées, capables d’arrêter net le regard des mortels – c’est exactement la fonction apotropaïque de la Gorgone, censée protéger le sanctuaire en terrorisant les indésirables.
Le gorgoneion de Syracuse montre une Méduse en pleine course, ailes déployées, langue pendante, crocs visibles, coiffée de serpents qui se mêlent à ses boucles et flanquée de deux grandes volutes en forme d’ailes enroulées. Détail réjouissant : dans sa main droite, elle tient Pégase, le cheval ailé censé naître de son sang au moment de sa décapitation par Persée ; ici, l’artiste inverse le mythe et lui remet littéralement sa progéniture en main propre, comme si la Gorgone gardait la main sur son destin narratif. Cette liberté avec la chronologie du récit n’est pas une erreur de débutant, mais une licence poétique typique de l’archaïsme grec : l’image condense plusieurs moments du mythe, mélange naissance, course et menace dans une seule figure compacte, assez expressive pour décorer un fronton et servir d’emblème à toute une cité.
Plus de deux millénaires plus tard, Carlos Atoche, artiste argentin‑péruvien installé en Italie, reprend Méduse à sa manière, dans une fresque réalisée en Sicile, dans la région de Gela, où il travaille régulièrement avec des projets de murales communautaires. Formé entre Lima et Rome, Atoche cultive un style hybride qui mêle mythologie méditerranéenne, références précolombiennes et un goût prononcé pour les figures monumentales aux visages expressifs, chargées de raconter des histoires de résistance, de mémoire et de métissage culturel.
Dans sa version murale, la Gorgone perd un peu de sa raideur archaïque pour gagner en théâtralité : le corps s’allonge, les bras s’écartent, les ailes se fragmentent en arabesques, les couleurs saturées remplacent la surface terre cuite, mais le visage garde ce rictus ambigu entre grimace et sourire carnassier. Quant à Pégase, c’est une sirène !