Achille et Ajax jouant aux dés
– Avec l’AI, les dès sont jetés –
- - 550

Exékias
Céramiste et peintre grec
(VIe siècle av. J.-C.)
« Achille et Ajax jouant aux dés »
Episode de l'lliade
Entre 540-530 av.J.C.
Amphore attique à figures noires
61cm
Musée Gregoriano Etrusco, Vatican

Nello Petrucci
Artiste italien
« Achille et Ajax jouant à ChatGPT »
Avril 2023
Pangráti, Athènes (Grèce)
Sur l’étagère du musée, trône un vase qui n’a rien d’ordinaire : c’est un authentique blockbuster grec, signé par le maestro Exékias, le Spielberg de la céramique antique. Spécialiste du suspense en terre cuite, notre artiste ne se contente pas de faire éclater les batailles ou d’étaler des banquets : il préfère zoomer sur les instants calmes et pleins d’humanité. Nous voilà devant son chef-d’œuvre : une amphore attique à figures noires, produite entre 550 et 525 av. J.-C., où Achille et Ajax, frères d’armes en pleine guerre de Troie, oublient les tracas pour se lancer… dans une partie de dés. Loin des épées et des cris, c’est la stratégie et le hasard qui font la loi, le temps d’une pause capturée avec une finesse inégalée – regards concentrés, boucliers décorés comme des manteaux de gala.
Cette prouesse technique repose sur la magie de l’argile ferrugineuse et d’une cuisson en trois temps digne d’un alchimiste. Ce n’est pas une peinture au sens moderne, mais une barbotine noire brillante appliquée sur une argile rouge, le tout révélé grâce à un four savamment orchestré : les silhouettes semblent danser sur la terre cuite, gravées avec précision.
Échappés du musée, nos deux héros reprennent vie (et leur match) sur un mur d’Athènes, à Pangráti. C’est là que Nello Petrucci, street artist napolitain, dépoussière le mythe à sa façon : Ajax et Achille penchés sur un vieux réservoir rouillé, échangeant non plus des dés, mais… le logo ChatGPT ! La scène antique se métamorphose en duel technologique : l’intelligence artificielle devient le nouveau terrain de jeu des dieux et des mortels, au gré des tags, de la pluie et des passants. Exékias serait sûrement fier : son art traverse les millénaires, s’invite dans la rue, et prouve qu’entre poterie, mythe et street art, le dialogue continue