Euphiletos : en avant, en arrière
- V. -530



Attribué à Euphiletos
Peintre grec
(Seconde moitié du VIe siècle av. J.-C.)
– En avant, en arrière –
Course à pied
V. -530
H 62,2 cm
MET, New York (Etats-Unis)
Euphiletos est un spécialiste athénien de la céramique à figures noires en plein archaïsme grec. Anonyme comme la majorité de ses collègues, il est identifié par les historiens de l’art à partir d’un « style » : silhouettes noires bien découpées, incisions nettes pour les détails, goût pour les scènes d’athlètes et, plus largement, pour les amphores de prix destinées aux vainqueurs des Panathénées. Sa carrière se déroule au moment où apparaît la technique à figures rouges, ce qui se traduit chez lui par une attention croissante au mouvement et à l’anatomie, moins raide que chez les générations précédentes.
Ce vase est décoré en technique à figures noires : vernis noir brillant pour les silhouettes, argile rouge laissée en réserve pour le fond, détails gravés et rehauts de couleur claire. Comme toutes les amphores de prix, elle était remplie d’huile d’olive provenant des oliviers sacrés d’Athéna et remise au vainqueur d’une épreuve des Panathénées, ce qui en faisait un trophée autant économique que symbolique.
Sur un côté se trouve Athéna Promachos, en armes, protectrice de la cité et garante officielle de la compétition. De l’autre, celui que tu montres, une course à pied (stadion) : cinq coureurs nus, tous le bras fléchi et la jambe projetée en avant, découpent la surface comme une sorte de frise animée. Le rythme des corps est accentué par la ligne du sol, les incisions qui marquent muscles et tendons, et la bordure ornementale qui cadenasse la scène en haut et en bas, comme si le peintre posait un cadre très strict autour d’une énergie purement corporelle.
Cette amphore appartient au courant des vases panathénaïques officiels : même forme, même Athéna, seul change le type d’épreuve représentée, ici la course à pied. Elle fonctionnait à la fois comme médaille géante, affiche de propagande pour la cité d’Athènes et réserve d’huile précieuse, ce qui explique le soin extrême apporté à la lisibilité de la scène.

fl1p
(Nikos Flip Panagiotarakos)
Artiste grec
« Grexit »
2015
Plalka Athènes (Grèce)
Dans cette pièce, f1lp reprend la frise de coureurs de l’amphore panathénaïque mais les transforme en métaphore très littérale de la Grèce courant vers la sortie de l’euro, au moment où l’hypothèse d’un Grexit fait la une en 2015. Les silhouettes archaïsantes deviennent des corps pressés, poussés vers la droite, parfois accompagnés de slogans ou de dates qui renvoient aux négociations avec l’UE et aux plans d’austérité.
Le choix d’un langage « à la grecque antique » pour parler d’un possible divorce avec l’Europe contemporaine relève de l’ironie politique pure : on convoque la Grèce des origines pour commenter la Grèce que Bruxelles menace d’éjecter du jeu. Dans le contexte athénien, ce type de réécriture de l’iconographie classique s’inscrit dans une vague de street art de crise, où les murs deviennent baromètre des angoisses liées à la dette, à l’euro et à la souveraineté nationale.