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Le musée  /  Grèce antique

Déesse de Tarente

  • V. 480 - 460 av. j.-c.

Déesse de Tarente

Artiste inconnu

V. 480 - 460 av. J.-C.

Sculpture en marbre

151 x 91 cm

Antikensammlung Berlin (Allemagne)

Kris Rizek

Artiste italien

« "La Dea di Taras »

Août 2025

Tarente (Italie)

Vers 480–460 av. J.-C., une figure féminine trône, droite, calme, presque imperturbable : la Déesse de Tarente. Sculptée en marbre, elle appartient à ce moment charnière de l’art grec qu’on appelle le style sévère, entre archaïsme et classicisme. Finis les sourires figés des kouroi : ici, le visage s’apaise, les volumes se structurent, le corps s’installe dans une présence plus crédible, plus incarnée.

Assise sur un trône, la déesse — dont l’identité reste discutée (souvent rapprochée de Perséphone ou d’Aphrodite) — impose sans effort. Rien ne déborde. Les plis du vêtement tombent avec régularité, presque comme une architecture textile. Tout est affaire d’équilibre : symétrie, frontalité, stabilité. On n’est pas dans le mouvement, mais dans la durée.

Détail qui compte : ce genre de statue n’était pas destiné à être admiré pour lui-même, mais à incarner une présence divine dans un sanctuaire. Elle n’est pas une image, elle est un relais. Et pourtant, son histoire a connu quelques détours très peu sacrés : la sculpture a été sortie clandestinement d’Italie en 1912, avant d’atterrir à Berlin, où elle est toujours conservée à l’Altes Museum. Une copie fidèle, elle, est visible à Tarente. Même les dieux voyagent, parfois sans billet.

Des siècles plus tard, Kris Rizek reprend cette figure dans La Dea di Taras (2025), mais la fait littéralement descendre de son trône. La posture change tout : la déesse n’est plus assise, elle est debout, bras ouverts, regard levé. Le corps ne stabilise plus, il s’élance.

La référence antique est claire, mais elle est déplacée. Derrière la tête, un disque évoque à la fois auréole et bouclier — sur lequel on peut lire : “Be exception, not the rule – South Italy Street Art Connection”. Le message s’inscrit là où, autrefois, il n’y avait que symbole. La parole remplace le silence sacré.

Le vêtement, lui, abandonne la pureté des plis classiques pour un mélange de calligraphie, signes et motifs, comme si l’histoire antique se mettait à parler plusieurs langues à la fois. La figure devient surface d’écriture.

Rizek ne restaure pas une déesse, il la réactive. Il garde l’idée d’une présence, mais la libère de sa fonction religieuse pour en faire un geste : ouverture, affirmation, ancrage dans un territoire — le sud de l’Italie — et dans une culture visuelle contemporaine.

La déesse n’a pas disparu.\u2028Elle a juste changé de posture.