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L’Art fait le MurUN MUSÉE HORS LES MURS

Le musée  /  Grèce antique

Lapithe combattant un centaure

– Centaures en baston, dieux en coulisses –

  • - 447

Lapithe combattant un centaure

Artiste inconnu

vers 447-433 av. J.-C.

Sculpture en haut-relief

Métope Sud 31, Parthénon, Acropole, Athènes (Grèce)

Fikos

Artiste grec

« Centauromachie »

2019

Patras (Grèce)

Au Ve siècle avant notre ère, sur le chantier du Parthénon, un sculpteur anonyme taille dans le marbre ce Lapithe qui étrangle un centaure sur la métope Sud 31. La scène vient du mariage de Pirithoos : des centaures ivres tentent d’enlever les femmes lapithes, déclenchant une bagarre géante appelée « centauromachie », parfait condensé mythologique du combat entre ordre humain et pulsion brutale.

Sur la plaque, le centaure se cabre, enserre la gorge de l’homme, torsion du buste à trois‑quarts, diagonales tendues ; le Lapithe appuie son genou dans le poitrail de la bête, agrippe la crinière, corps presque nu offert à la lumière attique. Le haut‑relief, prévu pour être vu à plusieurs mètres de hauteur, simplifie les volumes mais garde une précision chirurgicale dans les muscles et la tension du geste, typiques du classicisme athénien autour de 447‑433 av. J.‑C.

Politiquement, ces métopes du côté sud alignaient ainsi tout un feuilleton de centaures mal embouchés face à des héros bien peignés : pour Athènes, qui se rêve cité rationnelle après les guerres médiques, ce bestiaire sauvage sert de miroir déformant des barbares à tenir à distance. L’ironie de l’histoire, c’est qu’une partie de ces beaux manifestes de « civilisation » a fini… à Londres, au British Museum, grâce aux démontages zélés de Lord Elgin au début du XIXe siècle.

Pendant ce temps, à Patras, en 2019, un certain Fikos recolle le mythe sur la façade de l’immeuble de la Région de Grèce occidentale avec sa fresque « Centauromachy » pour le festival ArtWalk. Le décor n’est plus une frise de temple mais un bloc administratif donnant sur un carrefour, où un Theseus très pâle, jambes fines et tunique claire, terrasse un centaure barbu dans une composition frontale et ultra‑lisible.

Dans cette « Centauromachy », la violence est moins sanguinolente que dans bien des versions antiques : le centaure bascule, mais la palette reste lumineuse et l’espace presque vide, comme si la ville contemporaine devenait le véritable décor du drame. En fixant un épisode précis – Theseus tuant un centaure ivre lors des noces d’Hippodamie et Pirithoos – l’artiste réactive le vieux affrontement entre démesure et maîtrise, non plus pour glorifier un empire, mais pour installer un récit mythique au cœur du trafic urbain.