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L’Art fait le MurUN MUSÉE HORS LES MURS

Le musée  /  Renaissance

Van Eyck, Magritte et les histoires doubles

  • 1390

Jan van Eyck

Peintre flamand

(1390 env - 1441)

« Le portrait des époux Arnolfini » (détail), 1434

Huile sur bois, 82 x 60 cm

National Gallery, Londres (Royaume-Uni)

René Magritte

Peintre belge

(1898–1967)

« Le Faux Miroir », 1929

Huile sur toile, 54 x 80.9 cm

MoMa, New York (Etats-Unis)

Nora Simon

Série « histoires doubles »

Artiste française

Clin d'oeil au plus célèbre peintre bruxellois et à l'art flamand

.24 février 2022

Bruxelles (Belgique)

Impossible de parler d’art flamand sans croiser le miroir magique de Van Eyck ! Au cœur de cette scène domestique célèbre, l’iconique miroir convexe — orné d’une Passion du Christ miniature — multiplie les perspectives et brouille les frontières entre intérieur et extérieur, réalité et fiction. Il reflète non seulement les époux, mais deux mystérieux témoins (dont, probablement, Van Eyck lui-même), tout en incluant le spectateur dans la scène — mise en abîme avant la lettre. Le miroir, marqueur de fidélité et de mystère, permet à Van Eyck d’exhiber la haute technique de l’huile flamande… et de signer l’œuvre d’un magistral « Johannes de Eyck fuit hic » (Van Eyck était ici). Anecdote savoureuse : certains pensent même que l'œuvre pourrait masquer un mariage secret, voire représenter un autoportrait déguisé de l’artiste et son épouse. Le tableau fut source d’énigmes, de gloses et de fantasmes, tout en plaidant pour la grandeur du détail et de l’intimité dans l’art du XVe siècle.

Passons au surréalisme belge pur jus. Avec « Le Faux Miroir », Magritte peint un immense œil ouvert, dont l’iris n’est plus un simple disque, mais un ciel bleu parsemé de nuages — tandis que la pupille noire nous absorbe. Cette image-poème chamboule la logique : l’œil n’est pas un simple reflet du monde, mais un monde en soi, un filtre mental où rêve, réalité et illusion cohabitent. L’œuvre (admirée par Man Ray et les surréalistes parisiens) questionne la frontière entre voir et rêver, surface et profondeur, vérité et illusion. Magritte, farouche opposant aux explications, voyait là une invitation à ressentir l’étrangeté du regard humain : « Le miroir ne reflète pas la vérité, l’œil ne voit jamais exactement ce qu’il croit ». Symbole : la confusion entre visible et invisible, l’œil truqueur qui laisse passer le ciel – l’œil du peintre… ou celui du spectateur ? L’accueil fut enthousiaste, et « Le Faux Miroir » devint rapidement un fétiche de l’avant-garde.

La facétie contemporaine entre en scène rue bruxelloise, où Nora Simon fusionne le miroir des Arnolfini… à l’œil de Magritte ! Placé pile dans la pupille du surréaliste, le miroir flamand dévoile un nouvel abîme : on plonge alors dans la scène circulaire peinte d’après Van Eyck, comme si l’œil rêvait sa propre réflexion — ou capturait tous les récits de l’art flamand dans un seul regard. Autour, la frise miniature sacrée multiplie encore les signes. Le collage questionne malicieusement le vrai, le faux, qui regarde qui, et relie la minutie du nord à la poésie belge de l’absurde contemporain. L’intention ? « Sortir l’histoire de l’art du musée, brouiller les recettes et libérer le regard », confirme Nora Simon dans sa démarche. À Bruxelles, le public (et les réseaux) font de cette fresque une « mise en abyme urbaine » particulièrement célébrée. Fierté belge… yeux écarquillés !