Apollon du Belvédère
- IIe siècle AP.- j.c.
Et c’est là que débarque Nora Simon, malicieuse comme toujours. Sa « histoire double » superpose (avec panache !)
l’Annonciation pieuse de Botticelli et la démonstration beaucoup moins prude de la maison du Centurion. Face à l’église, elle ose un collage où la révélation sacrée rejoint la démonstration charnelle : ici, deux mondes (Florence des Médicis et Pompéi antique) se retrouvent sous le même toit, côté paroi et côté lit. Simon ne suggère pas simplement qu’il y a mille façons d’annoncer une naissance… Elle s’amuse du contraste, décompose le discours religieux sérieux par un clin d’œil osé à la réalité humaine, et lance une invitation à ne « pas passer à côté du détail ».
Démarche ludique mais profonde : en associant recueillement et sensualité, Simon joue de la pluralité des regards et des récits – et rappelle, malicieusement, que la culture, ce n’est pas choisir son camp, mais regarder le monde entier les yeux (et le sourire) bien ouverts.
Botticelli sublime la grâce, Pompéi assume le désir, Nora Simon orchestre la collision – et prouve qu’entre l’ange et la tentation, il n’y a qu’un pas ou… qu’un escalier de Santa Maria della Scala.

Aphrodite
du type de l'"Aphrodite de Cnide »
Artiste inconnu
100 / 200
Œuvre originale : Aphrodite de Cnide ; Praxitèle (vers 360 av. J.-C.)
H : 121 x L : 47 x E : 39 cm
Matériau : marbre de Thasos
Louvre, Paris (France)

Melody G
Artiste britannique
« Nude sunny fun women xxx »
Mars 2024
Berlin (Allemagne)
Il faut l’imaginer, trônant au cœur d’un temple de Cnide : Aphrodite, nue comme le jour, en marbre de Paros. À elle seule, elle fit de cette petite cité un haut lieu du tourisme antique. Les voyageurs venaient de tout le monde grec pour admirer ce chef‑d’œuvre signé Praxitèle — et parfois, disons-le, pour en rougir un peu.
Avant elle, les artistes préféraient couvrir les déesses de plis savants ; Praxitèle, lui, osa tout. Il sculpta la beauté féminine dans sa vérité la plus douce : hanches pleines, épaules souples, jambe fléchie, mouvement ondoyant. L’attitude est simple mais redoutable : la main droite protège (ou montre ?) ce qu’elle cache à moitié, la gauche joue distraitement avec une draperie. On ne sait plus très bien si la déesse se rhabille ou si elle fait durer le suspense.
Le sculpteur la voulait vivante : Nicias, peintre réputé, ajouta couleurs et ombres pour rendre la peau comme éclairée de l’intérieur. Résultat : les spectateurs avaient l’impression qu’Aphrodite respirait — ce qui, manifestement, en troubla plus d’un. Pline l’Ancien affirma même qu’aucune œuvre « de la terre entière » ne lui était comparable, tandis que le Pseudo‑Lucien rapporta qu’un admirateur, littéralement ensorcelé, demanda à passer la nuit avec elle… Ce fut sans doute la première “rencontre nocturne” de l’histoire de l’art.
Son visage, d’après les copies, gardait tout le charme d’une beauté tranquille : yeux à peine ouverts, lèvres discrètement entrouvertes, le tout surmonté d’une chevelure parfaitement maîtrisée. Rien de théâtral — simplement cette expression d’assurance divine qui fit fondre des générations entières.
L’original disparut dans les chaos de l’Antiquité, mais son esprit flotte encore dans ses deux cents descendantes romaines. Même en morceaux, comme le torse du Louvre, elle reste bouleversante : un fragment de marbre qui semble, malgré les siècles, attendre encore un regard ému. Et c’est peut-être encore le cas dans une version plus cubiste sur un mur berlinois grâce à une artiste britannique.

Towley Venus
Artiste inconnu
1er ou 2e siècle ap. J.-C.
Adaptée d’un original grec perdu du IVe siècle av. J.-C
2,14 m
British Museum, Londres (Royaume-Uni)

Alex Deco Graff
Artiste français
Guillaume Apollinaire
12 mai 2025
rues du Docteur-Menguy et de Kroaz-Loc’hou, Carhaix (France)
Un miroir perdu et remplacé par un selfie ?
Pour la petite histoire
La Townley Venus a été découverte en 1775 dans les ruines des thermes de l’empereur Claude à Ostie, par Gavin Hamilton. Ce dernier a envoyé une lettre à Townley en janvier 1776 pour l’informer de l’existence de la statue. Après avoir appris son existence, Townley et Hamilton sont rapidement entrés en négociation. Un accord a été trouvé en mai 1777, bien que les historiens ne sachent pas s’il a été vendu pour 600 ou 700 livres sterling. Hamilton n’a pas fait enregistrer la statue à Rome, allant jusqu’à l’expédier en deux parties pour éviter cette formalité.
Et cette main gauche, tenait-elle un miroir ? Pour Vénus cela se comprendrait. Et voilà qu’on la retrouve faisant un selfie comme une instagrameuse.

Apollon du Belvédère
Artiste inconnu
(Leokarès)
La copie du Vatican date du
Ile ap J.C
Copie en marbre
224 cm
Musées du Vatican (Vatican)

M-Fulcro
Artiste italien
« Apollon du Belvédère »
Collage
Août 2022
Via della Catalana x Via Spadolini)Ravenne (Italie)
L’Apollon du Belvédère, c’est un peu la star antique qui a longtemps fait l’unanimité. Copie romaine d’un original grec attribué à Léocharès, il trône aujourd’hui aux musées du Vatican et, pendant des siècles, on l’a considéré comme lemodèle absolu de beauté. Corps élancé, geste suspendu après un tir de flèche, et surtout ce visage : lisse, parfait, impassible. Pas une ride, pas un doute. Apollon ne doute pas, il sait. Ses traits sont idéalisés à l’extrême — ce n’est pas un individu, c’est une idée incarnée. Fun fact : au XVIIIe siècle, certains pensaient sincèrement qu’on ne pourrait jamais faire mieux… avant que d’autres trouvent ça un peu trop froid. Même les chefs-d’œuvre finissent par se faire challenger.
Puis arrive M-Fulcro, et là, changement d’ambiance. Exit le corps héroïque : on zoome sur le visage. Gros plan frontal, presque intrusif. Le dieu devient une tête monumentale collée sur un mur, à Ravenne. Les yeux sont vides, blanchis, comme éteints. Et surtout, des traces de peinture rose viennent perturber la pureté du marbre — ça griffe, ça salit, ça réveille.
Ce visage, autrefois intouchable, devient ici fragile. Le quadrillage visible rappelle que c’est une image reconstruite, reproduite, déplacée. On n’admire plus de loin : on est face à lui, presque gênés. L’idéal antique tient encore… mais il a pris quelques coups. Et c’est précisément là que ça devient intéressant.

David Speed
Artiste britannique
« Apollon du Belvédère »
2025
Shoreditch, Londres (Royaume-Uni)
Apollon du Belvédère
Copie du Vatican datant du Ile ap J.C
Voir la vie en rose… fluo

Treize Bis
Artiste français
« Apollon du Belvédère »
Autour de 2016 2017
Le Lavo/matik, boulevard du Général-d’Armée-Jean-Simon, Paris (France)
Apollon du Belvédère
Copie du Vatican datant du Ile ap J.C
Il en fait une tête !
À l’origine, cette tête est celle de l’Apollon du Belvédère, l’une des sculptures les plus célèbres de l’Antiquité. Conservée au Vatican, cette copie romaine reprend un modèle grec plus ancien. Apollon, dieu de la musique, de la poésie et de la divination, y a fière allure : visage régulier, regard au loin et épaisse chevelure bouclée, nouée au-dessus du front. Redécouverte à la Renaissance, la statue connaît une gloire immense et devient pendant des siècles l’un des grands modèles de la beauté masculine en Occident. Pas franchement le premier venu, donc.
13 Bis récupère ce monument de perfection et lui met un sérieux coup de désordre. Un poulpe surgit derrière la tête d’Apollon et lance ses tentacules dans toutes les directions. Ils ondulent autour du visage, passent devant et derrière le crâne, s’enroulent, retombent, débordent largement de la silhouette. Aux boucles bien ordonnées de la sculpture répondent ces bras souples qui semblent avoir leur vie propre. Apollon, lui, ne bronche pas : profil impeccable au milieu de cette joyeuse pagaille.
C’est tout le jeu de 13 Bis : piocher dans les images anciennes, rapprocher une sculpture antique d’une planche d’histoire naturelle et laisser la greffe faire son œuvre. Ici, les tentacules font voler en éclats la belle sagesse du modèle sans toucher à son élégance. Deux mille ans à incarner la beauté idéale, et pas un cil qui bouge quand un poulpe lui grimpe sur la tête.